
PIERRE EMONET SJ : UNE VIE DE FOI
«J’arrive à nonante ans… c’est toute une vie. Une vie marquée par un choix : celui du sacerdoce, et en particulier de la Compagnie de Jésus. Je dois dire que je n’ai jamais regretté mes choix de vie. Et j’en suis très heureux.»
Texte et photo: Céline Fossati Jésuite.ch
Pierre Emonet est entré dans la Compagnie de Jésus en 1976, à l’âge de 40 ans. Cet engagement tardif a-t-il été déterminant dans son parcours? Lui-même met davantage l’accent sur le contexte historique que sur l’âge. « J’ai eu la chance de vivre et de m’engager à une époque extrêmement passionnante : celle du renouveau de la vie de l’Église catholique par le Concile Vatican II. Bien sûr, il y a eu des moments difficiles, comme pour tout le monde. Mais jamais je n’ai eu à remettre en cause mes choix profonds. »
Au fond, il a toujours été habité par la conviction qu’il y a, au cœur de chaque être humain, un appel, une ouverture à la transcendance, un désir d’accomplissement plus profond que toutes les réussites humaines, la nostalgie d’un paradis perdu. «J’ai trouvé la réponse dans la foi chrétienne, dans la relation au Christ, telle que je l’ai reçue dans la tradition catholique.» Pour lui, il ne s’agit pas simplement d’une pratique religieuse. Son engagement est plus profond. Il s’agit d’un élan, d’un besoin presque métaphysique qui a orienté toute sa vie. «Très jeune déjà, intéressé par le renouveau biblique, liturgique, communautaire venu de France, j’ai fréquenté les convertis du XXème siècle, les grands écrivains, les poètes, les convertis: Claudel, Maritain, Bernanos, Max Jacob, Frossard, Edith Stein, Chesterton, Jammes, Marie-Noëlle, Cesbron et tant d’autres, qui témoignaient d’une foi vivante et libre.»
«Bien qu’issu d’une famille très croyante et bonne pratiquante, je n’ai jamais été très sensible à l’esprit clérical. Est-ce un héritage de l’appartenance politique familiale? Dieu le sait! Je me suis enthousiasmé surtout pour les nouvelles ouvertures missionnaires, les prêtres-ouvriers, l’engagement auprès des plus pauvres. Plus tard, déjà ordonné prêtre, j’ai eu la chance de collaborer pour un temps avec une équipe sacerdotale en secteur de mission ouvrière dans la banlieue rouge de Paris. Une expérience qui m’a fortement marqué.»
Vivre en communauté
Très tôt, le Père Emonet a compris qu’il ne voulait pas être un prêtre seul. «J’avais besoin d’une communauté, d’une fraternité, d’un soutien. La Compagnie de Jésus m’a attiré par son ouverture apostolique, sa liberté, sa capacité à répondre aux besoins actuels du monde sans être enfermé dans des structures trop rigides.» Profondément influencé par la figure du Père Pedro Arrupe, Supérieur général de la Compagnie au milieu du siècle dernier, il lui a consacré une biographie: Pedro Arrupe – Un réformateur dans la tourmente. «Arrupe incarnait pour moi l’idéal du jésuite à une époque où le Concile Vatican II et la Compagnie allaient dans le même sens: se libérer d’un catholicisme hérité des luttes contre la Réforme, le libéralisme et le modernisme pour revenir aux grandes intuitions de l’Évangile. Plus tard, le pape François a particulièrement incarné tout ce que j’avais espéré en rejoignant la Compagnie de Jésus : servir une Église capable de répondre aux besoins des hommes sans rester prisonnière des structures cléricales.»
Le Père Emonet s’est passionné pour la spiritualité ignatienne qu’il s’est efforcé de transmettre par de nombreux écrits, conférences, retraites selon les Exercices de saint Ignace. Il a publié plusieurs biographies de jésuites (Ignace de Loyola, Pierre Favre, Pierre Canisius, Pedro Arrupe). Il a dirigé la revue Choisir et, à deux reprises, assumé la charge de supérieur Provincial des jésuites de Suisse. Durant plus de 20 ans il a assuré des cours de théologie à l’IFM (Institut de formation aux ministères).
La foi synonyme de liberté
Ce qui lui importe au fond, aujourd’hui comme hier, c’est le respect de la liberté de chaque personne sur son propre chemin. «Je ne supporte pas les systèmes qui enferment, ni une obéissance sans réflexion. Pour moi, il y a deux manières d’exercer le sacerdoce, comme l’enseigne Romano Guardini, un théologien que j’apprécie beaucoup. Le premier, c’est le prêtre paternel, motivé par une conscience aigüe de la fonction sacerdotale. Par la Parole et le sacrement, il engendre des enfants spirituels, les nourrit, les protège et les guide. Et puis, il y a le prêtre fraternel, qui ne se situe pas face aux croyants comme le détenteur d’une autorité, mais qui fait route avec eux tout en craignant de leur imposer un enseignement et des conclusions toutes faites. Avec eux il est en recherche, il questionne, dans l’espoir d’une découverte commune.»
Comment se sent-il à l’orée de sa neuvième décennie? Changerait-il de parcours si cela lui était donné? «Avec le recul, je peux dire : j’ai eu une très belle vie. J’ai pu vivre mes idéaux les plus profonds, et j’espère que cela continuera encore. Bien sûr, je n’ai pas toujours été à la hauteur. Mais si c’était à refaire, je referais les mêmes choix. »
À SON PROPOS:
Pierre Emonet SJ – né en 1936

Texte paru sur le site jésuite.ch
Avril 2026
