
Saint-Laurent : une église vieille de 13 siècles redécouverte sous Genève
L’esplanade Saint-Antoine recèle sous ses pavés près de deux millénaires d’histoire genevoise. Vestiges antiques, sépultures, fortifications et traces de l’ancienne église Saint-Laurent racontent les transformations successives de ce lieu emblématique. À l’occasion de l’ouverture au public du nouveau Site archéologique Saint-Antoine (SaSA), le 5 septembre, plongeons dans l’histoire de ce site et de l’une des plus anciennes églises de Genève.
Fête d’ouverture du Site archéologique Saint-Antoine (SaSA)
En attendant le 5 septembre et la fête d’ouverture au public du Site archéologique Saint-Antoine (SaSA), situé sur l’esplanade Théodelinde, reine catholique burgonde, morte dans les années 500, elle est à l’origine de la fondation de l’église Saint-Victor à Genève, nous vous invitons à plonger dans les origines de l’église de Saint-Laurent et l’esplanade Saint-Antoine.

Église St Laurent: portail de Lepautre. © Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève, photographe : André Longchamp. Nous les remercions pour leur aimable autorisation.
Dans le cadre des travaux de réaménagement de l’esplanade Saint-Antoine, à deux pas du Collège Calvin, les archéologues ont découvert en 2012 les restes de l’ancienne église de Saint-Laurent, datant du 6e ou 7e siècle et mentionnée dans des textes au 12e siècle. L’édifice fut détruit en 1532 pour les besoins de la défense de la ville. De nombreuses tombes ont également été mises à jour, dont les plus anciennes datent du 6e siècle. Certaines dépouilles, déposées en pleine terre, ont également été exhumées. Selon les spécialistes, il s’agit probablement de victimes de la peste, enterrées à l’époque sur les éléments défensifs, à l’écart de la cité. Les vestiges de la très ancienne église de Saint-Laurent seront désormais accessibles au public à partir du 5 septembre à l’emplacement du nouveau Site archéologique Saint-Antoine (SaSA).
Mise au jour des vestiges de l’église de Saint-Laurent 
Même si son existence était mentionnée par des sources écrites depuis le XIIe siècle, on ignorait jusqu’en 2012 l’emplacement exact de l’église de Saint-Laurent. Les murs retrouvés durant les fouilles constituaient en effet la nef de cet édifice détruit en 1532. Un certain nombre de tombes ont été découvertes à l’intérieur de l’église, ainsi que dans un espace qui devait servir de cimetière et qui est situé devant sa façade occidentale. La construction de cette église est consécutive à l’installation d’un évêque à Genève en 380 et à l’adoption du christianisme comme religion d’Etat, ce qui se traduit notamment par l’édification d’un groupe épiscopal comprenant trois cathédrales, un baptistère ainsi qu’un palais épiscopal. De grandes églises funéraires, comme celle de Saint-Laurent, situées dans des zones extérieures à la ville servent dès lors de lieu de sépulture à une grande partie de la population.
Origine de la promenade de Saint-Antoine : une chapelle éponyme
Située au cœur de Genève, la Promenade de Saint-Antoine cache sous ses pavés une histoire millénaire révélée par des fouilles archéologiques.
- Période antique (Ier siècle av. J.-C. – VIe siècle après J.-C.) : Le site passe du statut de dépotoir à celui d’habitat gallo-romain (abritant notamment la première structure de stockage sur vide sanitaire découverte à Genève). Après l’abandon des habitations au IIe siècle, l’endroit est converti en une vaste nécropole.
- Moyen Âge et époque moderne (Ve – XVIe siècle) : La grande église funéraire Saint-Laurent y est construite au haut Moyen Âge, entourée d’un cimetière où plus de 300 sépultures ont été identifiées (dont certaines témoignent d’épidémies). Après la destruction de l’église en 1532 et de sa chapelle succédatrice, le site est transformé en mottet (bastion défensif) en 1537 et 1560 pour protéger la ville.
- Aménagement de la promenade (XVIIIe – XIXe siècle) : L’Esplanade Saint-Antoine tire son nom d’une chapelle dédiée à Saint-Antoine. Elle s’adossait alors à la porte homonyme ouverte dans l’enceinte médiévale au XIIIe siècle. En 1718, les autorités font aménager la promenade Saint-Antoine sur les anciens remparts. On y installe des bancs et on y plante une vingtaine d’arbres. Cette promenade, située en face de l’ancienne porte murée en 1564, devient un lieu apprécié pour la beauté de son panorama. Son extrémité nord offre une vue remarquable sur le petit lac. Les promeneurs réguliers comme les voyageurs de passage la décrivent comme l’une des plus belles d’Europe. Stendhal lui-même, ne manquait jamais d’y passer lors de ses séjours à Genève. À partir de 1775, plusieurs hôtels particuliers voient le jour sur la promenade. En 1806, un nouvel alignement d’arbres – tilleuls, ormes et marronniers – s’y place grâce à l’initiative du maire de l’époque, le baron Frédéric Maurice. On construit aussi un petit observatoire pour profiter de ce paysage exceptionnel. Il se déplace en 1829 devant le futur Musée d’Art et d’Histoire, grâce à un crédit de 68’000 florins voté à cet effet. Aménagée en 1718 sur les anciens remparts, la promenade devient célèbre dans toute l’Europe pour son panorama exceptionnel sur le lac (fréquentée notamment par Stendhal). Des arbres y sont plantés, des hôtels particuliers et un petit observatoire s’y installent.
- Époque contemporaine : En 1866, le percement d’une rue divise la promenade en deux, et sa partie sud est convertie en parking au XXe siècle. Restaurée et réaménagée dans les années 1990, elle abrite aujourd’hui un parking souterrain qui préserve et met en valeur ces précieux vestiges archéologiques.

Site du SaSA. Photo © ECR
Nous vous souhaitons de belles découvertes sur le Site archéologique Saint-Antoine (SaSA) en admirant les vestiges des siècles d’histoire qui ont façonné la Genève actuelle.
SD&C – ECR, août 2026
Sources: Le Temps, Histoire et Historiettes, UNIGE

