
PORTRAITS DE CHEZ NOUS : Sylvie Astié, engagée dans Unité pastorale Rives de l’Aire
Engagée dans l’Unité pastorale Rives de l’Aire (Grand-Lancy et Plan-les-Ouates-Perly-Certoux) où elle s’investit dans différents services, Sylvie a accepté de partager son chemin de vie et de foi avec Catherine Menoud, assistante pastorale, qui nous invite à découvrir son parcours.
Elle a dans son regard un quelque chose d’espiègle qui, prolongé par un sourire malicieux, lui façonne un visage lumineux. Son tempérament, à la fois fort et réservé, s’est forgé au fil du temps et des évènements. Sa voix profonde, ajoutée à son franc-parler, contraste avec la sérénité de son pas.
Son parcours de vie ne lui semblait pas assez intéressant ni assez extraordinaire pour en faire un portrait. Pourtant je crois que c’est dans l’ordinaire que se révèle l’extraordinaire.
Tout en relatant son vécu, Sylvie dévoile ses cicatrices, liées à des blessures pour certaines psychologiques, pour d’autres physiques.
S’affirmer pour exister
Aînée d’une sœur, elle a besoin de s’affirmer pour exister. C’est l’expression garçon manqué qu’elle u lise pour jus fier son hyperactivité pas toujours bien comprise. A l’école elle a fait l’objet de moquerie, y compris par l’enseignant qui la surnommait le bulldozer. Inadmissible.
Tous les parents s’inquiètent pour leurs enfants et veulent faire au mieux. A vouloir trop protéger, les injonctions de mises en garde reçues l’ont comme paralysée, à l’image d’un oiseau qui peine à s’envoler. A force d’être rabrouée et malmenée Sylvie a fini par s’isoler dans la peur du rejet, des moqueries. La connaissant, plutôt bavarde, on peine à voir en elle son côté mide et réservé qu’elle explique par ces circonstances.
Le soin du lien
En même temps c’est ce qui lui vaut d’être dans la bienveillance et dans le soin du lien. Elle tient aussi cela de sa grand-mère maternelle avec qui elle pouvait se permettre d’être elle-même. Elle la regrette.
Sa capacité de résilience trouve sa source dans son parcours spirituel. D’abord baignée dans l’ambiance d’une pratique religieuse faite d’obligations et de jugements, elle découvre les pèlerinages à Lourdes. Sa maman y était engagée comme accompagnante et le frère de celle-ci a œuvré comme brancardier.
A plusieurs reprises Sylvie rejoint un groupe de jeunes qui s’y rend. Une autre fois, avec une copine, elle accompagne une personne avec un handicap. Elle participe aux montées vers Pâques organisées par le père Bitchnau du côté de Châtel-Saint-Denis. Et elle a accompagné un groupe d’enfants dans le cadre d’un camp vocation en été.
En goûtant à la bonne ambiance, aux amitiés qui se créent, à la convivialité qui s’exprime dans la simplicité, à la foi vécue dans la vie, elle y allait pour recharger ses batteries. Elle garde de ces lieux et de ces rencontres un souvenir qui la porte encore aujourd’hui. Elles ne sont pas rares les fois où, au détour d’une conversation ou d’une réflexion, elle en parle.
Un diplôme en radiologie
Après avoir obtenu son diplôme en radiologie, elle travaille au centre de radiologie pédiatrique aux HUG. Sylvie aime les petits, elle s’en approche spontanément, et ils le lui rendent bien. Avec l’Association romande des familles d’enfants cancéreux (ARFEC) elle a participé, plusieurs années de suite, à des camps d’été destinés à ces enfants atteints de cette maladie.
Un fils
Elle aurait bien aimé fonder une famille mais cela ne s’est pas présenté comme elle l’aurait voulu. Cependant, un enfant inattendu s’est invité dans la famille. Là encore, Sylvie a dû faire face à l’annonce de cet évènement, heureux pour elle, mais ce n’était pas dans l’ordre des choses. Il faut parfois du temps aux uns et aux autres pour sortir des zones de confort et accueillir l’imprévu, chacun allant à son rythme. Elle relève que sa maman a été très soutenante.
En tant que mère célibataire ce n’était pas facile pour Sylvie de gérer et le travail et l’éducation d’un enfant. Elle regrette les erreurs qu’elle a pu comme re dans l’éducation de son fils, mais c’est toujours plus facile de relire les choses après-coup. Durant ce temps, elle s’est rapprochée plus intensément de la foi qu’elle a eu à cœur de partager avec son fils Ludo. Elle l’a accompagné, avec détermina on, sur ce chemin jusqu’à la confirmation.
Une épreuve de santé
Et voilà qu’une épreuve de santé vient troubler son rythme et celui de ses proches. Un cancer du sein, déjà très avancé, vient s’ajouter à la liste des blessures. Réactive après avoir entendu le diagnostic, elle a tout fait pour être opérée très tôt. Elle a pris cette maladie à bras le corps, en se donnant les moyens de garder le courage pour son fils. Mais, dit-elle, j’avais l’impression d’être dans un moment irréel.
Elle relève la belle solidarité familiale, celle de ses parents et aussi de sa sœur qui l’a accompagnée à chacune des séances de chimiothérapie. Dans ces moments-là, la peur de la mort hante les esprits et chacun cherche des stratégies pour l’exorciser. De son côté Sylvie semblait l’avoir apprivoisée.
Des parents âgés
Elle est reconnaissante à ses parents d’avoir pu bénéficier de leur présence et de leur accompagnement. Aujourd’hui, les services rendus sont réciproques. Leur âge avançant avec leur santé fragilisée, Sylvie se sent redevable pour les soutenir à son tour, ce d’autant plus qu’ils habitent sous le même toit. Confrontées aux différences de caractères, les relations ne sont pas toujours à l’image d’un long fleuve tranquille. Mais pour en comprendre les raisons, il faut parfois remonter à la source du temps dans lequel s’inscrit et se révèle l’histoire de chacune et de chacun.
Au milieu de ce parcours, Sylvie a profité de faire des voyages. Ce fut une école de vie qui l’a enrichie d’ouvertures et de découvertes. Sensible aux différentes cultures, elle a particulièrement été touchée par la philosophie et la sagesse du bouddhisme dans les pays asiatiques qu’elle a pu visiter.
Rencontrer les gens et les mettre en valeur
Elle éprouve toujours du plaisir à rencontrer les gens et à les mettre en valeur. Engagée et investie dans notre Unité pastorale dans divers services, Sylvie est gourmande de partage, de convivialité et d’échanges dans les idées. Elle aime ce concept du mélange entre la vie et la foi. La foi ne se manifeste pas qu’au travers de la messe, dit-elle.
A l’avenir, elle rêve d’avoir une bonne santé pour promener un chien, un vrai sourit-elle. Vrai parce qu’elle est entourée de petits compagnons sympathiques en peluche. On entre dans sa voiture comme dans l’arche de Noé. D’ailleurs, c’est à Noé que Dieu confie la responsabilité de sa création et de ses créatures. C’est un personnage atypique décrit comme aimant la justice et la sagesse. Il accomplit son devoir avec générosité et don de soi. La ressemblance avec Sylvie résonne comme une évidence.
Merci Sylvie pour ce beau témoignage et cette vérité de toi révélée, imbibée d’une foi pratique et authentique. Dans ton témoignage chacune et chacun peut se regarder comme dans un miroir. Nous nous y reconnaissons à un endroit ou un autre de ton parcours.
Texte et image : Catherine Menoud
Paru dans le périodique de l’UP « Rives de l’Aire Infos » (avril 2026)
