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SERGE LAURENT, SACRISTAIN, TRENTE ANS AU SERVICE DISCRET DE NOTRE-DAME

À la basilique Notre-Dame de Genève, juste en face du tumulte de la gare, des milliers de personnes passent chaque jour : voyageurs pressés, fidèles, pèlerins, touristes, personnes en détresse, familles venues pour un baptême ou un mariage. Durant trente ans, un homme a veillé sur ce lieu avec une présence calme, attentive et profondément humaine : Serge Laurent.
Aujourd’hui retraité, celui qui fut pendant trois décennies  sacristain de Notre-Dame tourne une page importante de sa vie. Mais il ne parle ni de carrière ni d’honneur. Chez lui, un mot revient sans cesse : le service. « Notre rôle principal, c’est d’être prêts à tout, » résume-t-il en souriant.

Un Vaudois devenu gardien de Notre-Dame

Serge Laurent avec sa « tessera » de la Garde suisse 

Serge Laurent est originaire de l’Est vaudois. Né à Lausanne, il a grandi entre Aigle et Monthey, dans cette région rattachée au diocèse de Sion. Son parcours, il en parle avec simplicité, presque avec pudeur. Pourtant, certains épisodes sont marquants. De 1982 à 1985, Serge Laurent a servi comme Garde suisse pontificale au Vatican, sous le pontificat de Jean-Paul II. Une expérience fondatrice. Il évoque encore avec émotion ces années passées auprès du pape polonais, qu’il a « bien côtoyé ». Il conserve précieusement sa tessera, la carte officielle des gardes pontificaux.

Bien plus tard, en 2018, il reprendra du service comme ancien garde suisse lors de la venue du pape François à Genève, pour la grande messe célébrée à Palexpo.« Un souvenir magnifique », dit-il aussitôt, avant d’ajouter en souriant : « Mais une journée très fatigante ! » 

SACRISTAIN, Un métier de l’ombre… indispensable

Le mot « sacristain » évoque parfois une fonction ancienne, discrète, presque invisible. Pourtant, dans une basilique comme Notre-Dame, ce métier exige une présence permanente, une organisation minutieuse et une grande capacité d’adaptation.

Le sacristain est le premier arrivé et souvent le dernier parti. Chaque journée commence avant la première messe. Il faut ouvrir l’église, vérifier que tout est en ordre, préparer les célébrations, disposer les vêtements liturgiques selon la couleur du jour, préparer les livres, le vin, les hosties, les cierges.

À Notre-Dame, le rythme est soutenu. Les messes s’enchaînent dès 7 heures du matin en semaine (sauf le lundi), auxquelles s’ajoutent baptêmes, mariages, enterrements, temps de prière, confessions, rosaires, accueil des pèlerins et des groupes de passage.

Rien ne peut être laissé au hasard. Pour un baptême, par exemple, Serge Laurent préparait l’eau tiède, le saint chrême, les linges, le cierge pascal, les registres et jusqu’au livret où seront inscrites les grandes étapes de la vie chrétienne de l’enfant : baptême, première communion, confirmation, mariage. « Il faut que tout soit prêt de A à Z. »

Mais le travail dépasse largement la préparation liturgique et heureusement il n’était pas seul pour accomplir ces nombreuses tâches. Il pouvait compter sur son collègue Richard et de nombreuses et nombreux bénévoles.

« Chef d’orchestre », concierge, veilleur… et parfois médiateur

Dans une basilique située au cœur de Genève, proche de la gare, les situations sont innombrables. Il faut accueillir chacun avec respect, tout en restant vigilant.  Il est à fois un chef d’orchestre des célébrations, un concierge, un veilleur et un médiateur !

Le sacristain observe discrètement. Il rassure, oriente, renseigne les visiteurs, accompagne les prêtres, accueille les pèlerins de passage sur le chemin de Compostelle — car Notre-Dame est une étape importante pour eux. C’est souvent lui qui appose le tampon officiel sur leur carnet.

Mais il doit aussi intervenir lorsque des personnes perturbent une célébration, lorsqu’une situation devient délicate ou lorsqu’une présence inquiète les fidèles. Parfois, il faut calmer une personne alcoolisée, dialoguer avec quelqu’un en souffrance psychique ou faire appel à la police. Serge Laurent se souvient notamment d’un homme qui voulait entrer dans l’église avec une bouteille de cognac en pleine période de carême. « J’ai dû lui parler longtemps… et finir par vider la bouteille », raconte-t-il avec un sourire fatigué mais bienveillant.

Une basilique vivante, au cœur de Genève

À travers son témoignage apparaît une réalité souvent ignorée : une grande église urbaine est un lieu de vie intense.

À Notre-Dame, les cultures se croisent constamment. Les communautés africaines, asiatiques, européennes et latino-américaines s’y retrouvent. Les touristes côtoient les habitués. Les personnes croyantes croisent celles qui viennent simplement chercher un peu de silence.

Le 15 août ou le 8 décembre, lors des grandes fêtes mariales, la basilique se remplit d’une ferveur particulière. Il faut préparer les couronnes de la Vierge, fleurir abondamment l’église, organiser les célébrations.

Les fleurs justement : elles occupent une place importante dans la vie de la basilique. De nombreux fidèles apportent spontanément des bouquets pour Marie. Il faut les recevoir, les préparer, trouver les vases, composer les arrangements. Et puis il y a les bougies.

La basilique Notre-Dame de Genève figure parmi les plus grandes consommatrices de cierges en Suisse. Des milliers de lumignons sont allumés chaque semaine. Le sacristain doit anticiper les stocks, commander les hosties — près de 10 000 par mois —, le vin de messe, les cierges, les fleurs et tout le matériel liturgique nécessaire. Un travail discret, mais colossal, qu’il partage avec son collègue Richard.

Une mission qui s’apprend sur le terrain

En Suisse romande, il n’existe pas de véritable école de sacristains. Le métier s’apprend principalement en paroisse, par l’expérience quotidienne.

Serge Laurent connaît bien cette question puisqu’il préside l’Association genevoise des sacristains et sacristines. Son objectif : soutenir les personnes engagées dans ce service et développer leurs connaissances liturgiques et professionnelles. Car être sacristain demande bien davantage qu’un simple sens pratique.  Il faut connaître la liturgie, comprendre les rites, savoir anticiper, gérer les imprévus, travailler avec des prêtres très différents les uns des autres.

« Chaque prêtre a sa manière de faire. Certains veulent une petite table près de l’autel, d’autres non. Il faut s’adapter. »

La patience comme seconde vocation

Au fil de la conversation, un autre mot revient souvent : la patience. Patience aussi avec les fidèles qui ne veulent pas quitter l’église à l’heure de la fermeture.: “Je n’ai pas fini mon chapelet !” » Alors il attendait encore un peu. Toujours avec cette même conviction : une église doit rester un lieu accueillant.

Les plus beaux souvenirs

Quand on lui demande ce qu’il gardera de ces trente années, Serge Laurent ne cite ni les grandes cérémonies ni les personnalités rencontrées. Il parle d’abord des messes chrismales, ces célébrations diocésaines qui réunissent autour de l’évêque prêtres, religieux et agents pastoraux venus de tout le diocèse. Et puis il évoque avec amusement ces mariages ou premières communions où certains invités semblent surtout attendre… l’apéritif. « Ils sont très élégants, mais on voit bien qu’ils ne comprennent pas vraiment ce qui se passe », dit-il en souriant.

Une retraite comme « nouvel apprentissage »

Après trente ans passés à vivre au rythme des cloches, des offices et des célébrations, la retraite représente un changement immense. Serge Laurent le reconnaît sans détour : « La retraite est un nouvel apprentissage, totalement. »

Texte et images SD&C- ECR, mai 2026

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