
ET SI LE SILENCE DEVENAIT UN LIEU DE RENCONTRE AVEC DIEU POUR LES JEUNES ?
Notifications, messages, vidéos, musique, conversations… Les adolescents vivent dans un monde où le silence se fait rare. Alors, que se passe-t-il lorsqu’on leur propose, en catéchèse, de se taire et simplement d’écouter ? C’est l’expérience menée par Marie-Bénédicte Malo, auxiliaire pastorale de l’ECR, auprès d’adolescents de 16 à 18 ans, dans le cadre de son travail final de Certificat de Pratique Pastorale consacré au développement de l’intériorité.

Marie-Bénédicte Malo
Le constat de départ est simple : les parcours de catéchèse font volontiers appel au jeu, à la créativité, aux échanges et à la convivialité. Le silence, lui, occupe une place beaucoup plus discrète. Pourtant, dans une société marquée par l’hyperconnexion, apprendre à faire silence pourrait être une manière de retrouver un espace intérieur et, peut-être, d’y découvrir Dieu.
« Quand nous prenons le temps de nous détacher des flux ininterrompus d’informations, c’est parfois dans le silence que nous nous rencontrons vraiment nous-mêmes, et que nous entrevoyons aussi une réalité plus grande », écrit Frère Matthew de la communauté de Taizé.
Un atelier en plusieurs étapes
Pour tester cette intuition, Marie-Bénédicte Malo, parallèlement engagée bénévolement depuis plusieurs années auprès des confirmands dans l’Unité pastorale Mont-Blanc, a expérimenté un atelier en plusieurs étapes. Les jeunes ont d’abord parcouru un « chemin du silence », à la découverte de 21 formes de silence, choisi ou subi. Puis leurs sens ont été sollicités : goûter, toucher, sentir, écouter… Un temps de méditation les a ensuite invités à se concentrer sur leur respiration et à écouter des psaumes. Enfin, autour d’un grand cœur en bois, chacun pouvait déposer des perles représentant une intention de prière.
Et là, surprise : ceux qui avaient parfois plaisanté ou manifesté leur impatience se sont mis à agir en silence. Dans l’atelier du « cœur à prière », les perles se sont déposées une à une, sans qu’aucune parole ne soit nécessaire, alors qu’il était possible d’exprimer à voix haut leur intention de prière.
« Alors que je pensais que la bienveillance, le silence initié en début de séance et la liberté de parole qui leur était désormais accordée favoriseraient l’expression d’une prière à haute voix, ce sont des gestes calmes qui ont été posés et sans aucune parole prononcée. Ce temps de partage silencieux, m’a tout à la fois déroutée, émerveillée et ressourcée, étant ancrée en Dieu, dans le moment présent, calme et paisible, témoigne Marie-Bénédicte dans son travail de fin d’étude thème « Le développement de l’intériorité chez les adolescents, Analyse d’un atelier Silence »

Chemin du Silence ©COEC
Peut-on proposer le silence sans qu’il soit vécu comme une contrainte ?
Tout n’a pourtant pas été aussi simple. Certains jeunes se sont montrés agités, d’autres goguenards. L’un d’eux, invité à dire ce qu’il avait découvert sur le silence, a simplement désigné la carte « silence imposé ». Une réponse qui a conduit Marie-Bénédicte à interroger sa propre démarche : peut-on proposer le silence sans qu’il soit vécu comme une contrainte ?
La relecture de l’expérience apporte une réponse nuancée. Il ne suffit donc pas de demander aux jeunes de « faire silence ». Pour certains jeunes, le silence peut être reposant et libérateur. Pour d’autres, il renvoie au vide, à la solitude ou à l’angoisse. Il faut les accompagner progressivement pour qu’ils puissent apprivoiser cet espace intérieur.
Le récit du fils prodigue (Lc 15,11-20) ouvre ici une piste précieuse pour la relecture : « Étant allé vers lui-même, il dit… » Avant de retourner vers son père, le jeune homme expérimente le manque et par là il revient à lui-même. Le silence peut jouer ce rôle : dégager un espace pour écouter ses questions, ses désirs, ses choix et, peut-être, être un lieu de rencontre avec Dieu.
Des propositions pour la pratique pastorale
L’expérience ne s’arrête donc pas à cet atelier. Marie Bénédicte Malo souhaite désormais développer dans ses engagements un parcours progressif mêlant silence, sens, art et méditation, renforcer les temps de relecture et approfondir l’accompagnement spirituel des jeunes. Une autre piste explore les possibilités renforcer les liens entre Pastorale des jeunes, communautés paroissiales et d’autres pastorales de l’Eglise, pour un enrichissement mutuel.
SD&C- ECR, octobre 2026
Photo en « Une » de Nick Fewingssur Unsplash
