
« Vous êtes les saints de France ! » : que retenir de l’appel de Léon XIV aux jeunes ?
Quelques jours après la visite du pape Léon XIV en France, les images des grands rassemblements commencent à laisser place aux paroles prononcées et à ce qu’elles peuvent encore susciter. Au Stade de France, devant quelque 80 000 jeunes réunis le 25 septembre, une phrase a particulièrement retenu l’attention : « Vous êtes les saints de France ! ». Que signifie aujourd’hui un tel appel ? L’abbé Alain René Arbez revient sur cette notion de sainteté, de ses racines bibliques à ce qu’elle peut représenter dans la vie de chaque croyant.
C’est cette interpellation provocatrice qu’a prononcée le pape Léon XIV au stade de France devant 80000 jeunes. Pro-vocatrice, dans le sens d’une vocation, d’un appel. Surprenant, sans doute, car dans le vocabulaire habituel, les saints sont ceux du calendrier officiel, mais ici il s’agit d’autre chose. Lorsque le pape lance aux jeunes son appel à la sainteté, il ne donne pas à l’avance un certificat de perfection morale ou d’honorabilité, il invite chacun des jeunes à se mettre ou à se remettre en mouvement vers un nouveau contexte de vie fondé sur la spiritualité. Quel que soit son parcours, chaque jeune présent peut se sentir concerné dans cet appel à la sainteté.
Dans la tradition populaire catholique, les saints sont ces personnes remarquables qui ont été reconnues par l’Eglise pour leur exemplarité et que l’on peut invoquer. En Orient, on assimile à cette sainteté qui vient de Dieu les patriarches et les prophètes du Premier testament. Les icônes des saints sont les fenêtres ouvertes sur le ciel. Ainsi, tous ceux et celles qui ont posé les fondements ou prolongé l’accomplissement de l’alliance avec le Dieu trois fois saint sont vénérés comme saints. Saint Abraham, Saint Moïse, saint Elie…
Un appel à la sainteté enraciné dans les Écritures
« Soyez saints, car moi le Seigneur votre Dieu, je suis saint » dit le Lévitique. C’est donc le peuple, nation sainte, qui doit se laisser transformer par la sainteté de Dieu. Ce que Jésus confirme en ajoutant pour ses disciples : « soyez parfaits en amour comme votre père du ciel est parfait ! » (Mt 5,48). Le mot hébreu pour parfait signifie : accompli. Il s’agit bien d’un accomplissement spirituel et humain à la fois. Lointain prédécesseur du pape Léon, l’apôtre Pierre reprend l’appel : « A l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints vous aussi dans toute votre conduite » (1Pi 15,16)
Ce sont bien les saintes Ecritures hébraïques auxquelles se sont référés Jésus, ses disciples. C’est clair avec Pierre et Paul. Tout au long de la bible, la sainteté consiste en des pensées, des actes, une
relation vivante à Dieu s’inscrivant dans l’histoire de la rédemption du monde. Dieu est à la fois créateur et sauveur.
Que signifie être saint aujourd’hui ?
C’est pourquoi le pape, en appelant les jeunes à être saints, les invite à être, comme dans l’étymologie originelle de la sainteté, séparés, mis à part du monde et de ses dérives malfaisantes. Cela supposera des choix qui peuvent être exigeants et même radicaux. Le qodesh biblique induit le sens de consécration en lien direct avec la sainteté de Dieu. Les prophètes d’Israël le rappellent avec force au fil du temps lorsque les écarts, les fautes et les trahisons du peuple deviennent insupportables. Et les sages ouvrent des voies d’humanité pour offrir spirituellement une espérance.
La sainteté est donc bien l’appartenance à Dieu et à son alliance, incarnée par le Christ dans sa passion et sa résurrection. Tout baptisé, toute personne s’engageant sur un chemin catéchuménal, chaque croyant est saint. C’est ainsi que Paul appelle les membres des premières communautés : « A l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés en Jésus Christ, appelés à être saints… » (1 Cor 1,2)
Une sainteté qui engage dans le monde
Déjà dans le judaïsme, le psaume 16.3 affirme : « les saints qui sont dans le pays, ce sont les hommes de foi ». Dans le même esprit, Paul lance son appel aux Romains : « A vous tous qui êtes à Rome, bien-aimés de Dieu, appelés à être saints, que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ! » (Rom 1,7) Etre plus proches de Dieu, c’est devenir lucides sur l’état du monde. C’est aussi ce que le saint-père a voulu faire comprendre aux jeunes environnés et assaillis par tout ce qui les éloigne de la vérité humaine. « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? » demande Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Cor6,2). Actualisons pour les jeunes du stade de France la façon dont Pierre encourage ceux et celles qui entendent l’appel à la foi : « comme des enfants à l’écoute qui accueillent la vérité, ne vous laissez pas influencer par les convoitises qui vous dominaient autrefois, quand vous étiez dans l’ignorance ! » (1Pi 1,14).
Abbé Alain René Arbez
