
ÊTRE HEUREUX…SELON LA BIBLE
Au bord des fleuves de Babylone, les Israélites exilés chantaient leur nostalgie et leur espérance. Le 1er des psaumes de David commence par « Heureux l’homme… »
Une conception du bonheur véridique inspire Jésus dans ses béatitudes, lorsqu’en harmonie avec les exhortations de ses prédécesseurs il recommande des attitudes porteuses d’accomplissement humain, grâce à l’inspiration de la Parole de Dieu.
« Heureux l’homme qui n’avance pas à travers l’idéologie des violents, qui ne se fixe pas sur la voie des errants, et ne se complaît pas en compagnie des frivoles » proclame le premier psaume.
Avancer, progresser dans la vie
On remarque au passage que « heureux » se dit « ashreï », dérivé de la racine « achar » qui signifie avancer, progresser dans la vie. Accéder au bonheur, c’est être en croissance en progression, mais cela, grâce à une boussole intérieure qui est celle de la Parole de Dieu, afin d’éviter les mirages et l’errance.
Le mot hébreu « ashreï » a été traduit en grec par « makarios ». On le retrouve souvent dans les livres de sagesse. Si les évangiles ont finalement été popularisés en grec à partir d’originaux hébraïques, le mot « makarios » suffit-il à traduire la pensée de Jésus sur la question du bonheur ? Il semblerait que la portée initiale de l’expression de Jésus aille beaucoup plus loin. « Makarios » correspond à l’état de bien-être terre-à-terre utilisé par les épicuriens. L’enseignement de Jésus promet davantage que d’être bien dans sa peau, où de sentir une éphémère joie de vivre dans l’instant, sans plus.
S’accomplir dans une vie enracinée dans une relation à Dieu
« Ashreï » engage sur une autre voie. Etymologiquement, il s’agit de s’accomplir dans une vie droite, avec une rectitude de pensée et d’action, enracinées dans une relation à Dieu qui permet de dépasser les objectifs inconsistants. Ne pas se tromper d’objectif de vie est primordial pour avancer sur le chemin du vrai bonheur. Au prix de dépassements d’un ego trop épidermique ou d’assurances factices.
Le mot biblique qui dit « péché », c’est « hatat » dont le sens littéral est : rater son objectif. Rechercher le bonheur véritable au-delà des apparences, ce ne sera pas la situation prosaïque d’un chanceux épargné par les vicissitudes de la vie. Chacun contribue personnellement à sa propre destinée, et c’est par des choix et des options qui correspondent à l’intelligence du cœur et à la cohérence des convictions, quoi qu’il arrive.
L’homme « juste » selon la Bible
L’homme « juste » selon la Bible n’est pas un être en règle, même si l’observance des commandements est vitale. C’est celui ou celle qui cherche sincèrement à s’ajuster quotidiennement à la Parole de Dieu, source d’inspiration permanente, dans une confiance renouvelée.
« Ashreï », heureux ! selon l’étymologie, c’est être en mouvement, en progression. Ce que dit le prophète Michée : « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui correspond à ton bien. Et ce que l’Eternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice. Que tu affectionnes la miséricorde. Et que tu ailles de l’avant en toute humilité avec ton Dieu » (Mi 6,8).
Jésus avertit ses disciples que cette voie spirituelle n’est pas toujours paisible et que l’on rencontrera jusque dans son entourage indifférence ou hostilité. Les expériences humaines cruciformes viennent éprouver la solidité des convictions.
Mais un petit mot « amen ! » résume l’attitude de confiance qui permet de faire face : « amen, j’y crois, c’est solide… »
Heureux celui ou celle qui peut le prononcer en conscience…
Abbé Alain René Arbez, septembre 2026
