
LA BIBLE ET LES PAUVRES
C’est dans la synagogue de Nazareth que Jésus commence son engagement public, et il le fait en citant le passage d’Isaïe bien connu : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré par l’onction pour porter la bonne nouvelle aux pauvres… » (Lc 4.18).
Jésus exprime avec force le regard de compassion de Dieu envers ceux et celles qui ploient sous les fardeaux de la vie. Il reconnaît l’existence et la vocation des pauvres, et il proclame leur dignité. Lors de l’appel des Béatitudes, il s’écrie : « Heureux vous, les pauvres, le royaume de Dieu vous appartient ! » (Lc 6.20).
Un « Manifeste des Pauvres »
On peut même dire que la Bible elle-même est un « Manifeste des Pauvres ». Car leur expérience de vie les rend témoins de la Parole de Dieu. « Moi, Yahvé ton Dieu, je te saisis par la main, je te dis : ne craignez pas, vous les pauvres d’Israël ! » (IIs 41.13).
Comment retrouver aujourd’hui le sens et l’impact de cet appel, alors que notre société d’abondance met l’accent davantage sur les marchandises que sur les personnes, davantage sur la possession des biens que sur la disponibilité aux autres ? L’hédonisme et l’individualisme ont mis en échec les voies d’un véritable altruisme.
Or Jésus récapitule dans son message les interpellations des prophètes du Premier Testament, aussi dénonce-t-il le matérialisme qui est une forme d’idolâtrie. (L’idole se substitue à Dieu quand on sacralise ce qui ne le mérite pas !) Mais il n’opte évidemment pas pour la misère et pour le dénuement, il n’a rien d’un fataliste illuminé, face aux carences terribles subies par tant de populations démunies de l’essentiel.
La prospérité dans la Bible
Dans la Bible, si la prospérité est considérée comme une bénédiction, c’est uniquement dans la mesure où elle rend plus humain et si elle incite à prendre en compte ceux qui sont défavorisés. Ainsi, Amos, Isaïe, Michée dénoncent les injustices lorsque les riches se sont enrichis sur le dos des pauvres. Honte aux responsables politiques qui n’assument pas leur rôle de protecteurs des plus faibles, dans l’esprit des Dix Commandements, ancêtres des modernes droits de l’homme.
La terre appartient à Dieu et l’homme n’en est que le gestionnaire, d’où la loi sabbatique, la shmita, qui exige que la terre soit laissée au repos tous les 7 ans. La redistribution des biens était également régulée par les remises de dettes pour limiter les effets de l’appauvrissement des plus démunis.
L’Ecriture nous offre des pages fortes pour méditer sur la pauvreté
L’Ecriture nous offre des pages fortes pour méditer sur la pauvreté. Au Livre des Rois, alors que sévit une terrible famine, Elie reçoit un accueil magnifique auprès d’une pauvre veuve à Sarepta (1 R 17.7). Pratiquement en train de mourir de faim avec son fils, cette femme partage spontanément avec Elie une poignée de farine, le peu qu’il lui reste. Les trois survivront car Dieu manifeste sa Parole de générosité créatrice de vie, dans cette rencontre étonnante. Ce sont ceux qui n’ont presque rien qui sont les plus capables de donner le meilleur du peu qu’ils ont, et qui montrent ainsi leur visage d’humanité.
Le chant du serviteur souffrant
Le chant du serviteur souffrant (Is 53) nous laisse entrevoir dans un pauvre maltraité la figure du Messie. Mais c’est parce qu’il est porteur d’un message d’immense espérance pour tous les souffrants de la terre. Et cette cause ne peut mourir, car Dieu s’engage dans la victoire de la dignité de l’homme. Jésus n’a eu de cesse de dénoncer tout ce qui rend opaque l’image divine en l’être humain, il l’a finalement restaurée par le don de son amour et par l’annonce d’un règne de justice déjà inauguré mais à accomplir.
LE Besoin de convictions spirituelles plus que de moyens
Nos sociétés ont visiblement besoin de convictions spirituelles, avant même que de moyens, pour prendre la défense des plus pauvres. Car il s’agit de trouver des structures solidaires inspirées par une vision vraiment spirituelle, pour que soient réduits les écarts non seulement chez nous, mais aussi entre pays développés et pays en grave difficulté.
A l’exception des cas d’urgence, il ne s’agit plus de recréer des dépendances et des assistanats qui ne font que reporter ou aggraver les problèmes. Sans vouloir imposer nos logiques démocratiques à des cultures qui s’organisent différemment, mais en donnant localement des chances à des initiatives sociales créatrices de richesses et de relations humaines plus équitables. Sans oublier qu’il existe diverses formes de pauvreté, le dénuement matériel n’en étant que l’expression la plus visible. Les pauvretés psychologiques, affectives, spirituelles, sont légions et attendent elles aussi leurs solutions…
Abbé Alain René Arbez, août 2036
Photo de Steve Musherosur Unsplash
