
Éducation affective, relationnelle et sexuelle : quelle place pour l’Église ?
Les parents demeurent les premiers éducateurs des enfants, mais l’Église peut les soutenir et apporter une parole fondée sur une vision positive du corps, de l’amour et du don de soi. Tel est le « credo » de Marie Montavont, engagée depuis 2020 à la Pastorale des familles de l’Eglise catholique romaine – Genève (ECR). Elle a choisi de consacrer son travail de fin de formation (Certificat de pratique pastorale– CCRFE) à l’éducation affective, relationnelle et sexuelle des enfants et des adolescents et à l’expérience des ateliers «Et si on parlait d’amour ?».

Marie Montavont © ECR
Ce choix est à la fois personnel et pastoral. En tant que mère de quatre enfants et engagée depuis de nombreuses années auprès des jeunes et des familles, Marie Montavont est particulièrement sensible aux questions liées à la construction affective, aux relations, à l’amour et à la sexualité. Dans une société où les enfants et les adolescents sont très tôt confrontés à une hypersexualisation des contenus et à la pornographie, elle perçoit avec urgence la nécessité de leur proposer des repères solides, adaptés à leur âge et respectueux de leur dignité. Ces expériences l’ont convaincue de l’importance d’« une parole de qualité avec nos enfants et adolescents » sur ces questions.
Pour l’animatrice pastorale de l’ECR, l’éducation affective, relationnelle et sexuelle ne peut être réduite à une transmission de connaissances biologiques ou à une simple démarche de prévention.
Préparer nos enfants à devenir des adultes libres
« Tant de jeunes sont livrés aux caprices des modes, navigateurs solitaires sur les flots numériques, sans cap pour mener l’embarcation de leur vie, sans repères pour penser le monde de demain. L’éducation affective et sexuelle n’est pas une option. C’est un socle pour penser l’avenir » (Osez parler, de Maelle Challan Belval). « En effet- écrit Marie – il me paraît important de bien avoir en tête la finalité de cette éducation affective, relationnelle et sexuelle. Il s’agit bien de préparer nos enfants à devenir des adultes libres et responsables capables de faire des choix affectifs, relationnels et sexuels qui les rendent heureux et capables de se donner pleinement ».
La démarche touche ainsi au corps, aux émotions, aux relations, à l’amour, au don de soi et à la responsabilité. Cette vision rejoint directement l’enseignement de l’Eglise. Le Pape François dans son Exhortation Apostolique Amoris Laetitia consacre un chapitre entier (articles 280 à 285) à l’éducation sexuelle, thème qu’il reprendra ensuite dans son Exhortation à l’attention des jeunes Christus Vivit . « Il insiste pour que cette éducation ne soit pas réduite à une simple information technique ou de « protection », mais qu’elle soit une véritable éducation à l’amour, au don de soi et à la reconnaissance de la différence entre les sexes », rappelle Marie Montavont.
L’appel universel à la sainteté
Si les parents occupent une place première dans cette éducation, l’Eglise se doit également « d’accompagner les jeunes dans l’accomplissement de leur vocation chrétienne. Il y a là un véritable enjeu autour du mariage, de la famille et donc de l’avenir. Cette éducation fait partie intégrante du chemin pour les aider à répondre à l’appel universel à la sainteté. En effet, l’amour ne consiste-t-il pas ultimement à se donner soi-même ? », questionne Marie.
Les textes de l’Église invitent à une vision positive et globale de l’éducation à l’amour, à la dignité du corps, à la liberté et au don de soi et ils viennent « conforter l’idée que l’Eglise a, au côté de et avec les parents et d’autres acteurs de la société, sa partition à jouer dans ce vaste champ éducatif affectif, relationnel et sexuel et peut y apporter une parole constructive ».
L’ombre des abus
Pourtant l’histoire récente, marquée notamment par les révélations d’abus sexuels dans le contexte ecclésial, peut porter préjudice à la crédibilité de l’Eglise et sa parole peut être accueillie avec méfiance. « J’ai souhaité, pour ce travail, discuter de ce point particulier avec Daniel Pittet, auteur du livre Mon père je vous pardonne. Il y livre son terrible témoignage des multiples viols qu’il a subi ». Daniel mène aujourd’hui un combat ardu contre la pédophilie vécue en Eglise mais aussi dans les familles, rappelle Marie Montavont. De cet entretien et du témoignage de Daniel Pittet, engagé en Eglise et diacre, Marie retient que l’Eglise doit « absolument continuer le travail entrepris à la fois sur la réparation des abus, la prévention mais aussi d’éducation. Nous avons là des enjeux éducatifs majeurs pour les enfants et les jeunes, dans lesquels les parents ont un rôle essentiel et irremplaçable à jouer. L’Eglise peut y apporter son éclairage et son soutien ».
Des ateliers pour les parents

Trois niveaux d’action
Dans sa réflexion, Marie distingue ainsi trois niveaux d’action : informer, accompagner dans la réflexion et prévenir. Elle souhaite particulièrement mettre l’accent sur les deux premiers. Pour elle, l’éducation ne devrait pas commencer par la peur ou par l’énumération des dangers. Elle reprend une formule qui résume fortement son approche : « On n’éduque pas CONTRE mais on éduque POUR. » Il s’agit d’abord de faire découvrir « la beauté du corps fait pour aimer et la beauté de la sexualité qui peut donner la vie ».
Pour Marie il est essentiel de continuer à proposer des ateliers pour les parents : « Le premier objectif étant d’afficher que la pastorale des familles est sensibilisée à ce sujet et un lieu de ressources possibles pour les personnes qui chercheraient des informations ».
Il paraît néanmoins important de développer une approche plus large et collaborative, en travaillant avec la pastorale des jeunes, la catéchèse, les établissements scolaires, les associations et les professionnels concernés. La création ou la relance d’un réseau autour des couples et des familles permettrait de croiser les compétences, de partager les expériences et de construire des propositions adaptées aux différents publics.
Une « constellation éducative »
Cette dynamique rejoint particulièrement la réflexion du pape Léon XIV, citée par Marie dans son travail : « personne n’éduque seul ». Il évoque une communauté éducative qui forme un « nous », dans laquelle familles, enseignants, pasteurs et société civile peuvent converger. L’Église est appelée à y être présente non pas « par suprématie, mais par service ». Marie reprend alors l’image d’une « constellation éducative », dans laquelle chaque acteur et chaque actrice possède sa propre lumière, mais où c’est la mise en relation de ces lumières qui permet de tracer un chemin.
Les enfants et les jeunes ont besoin d’adultes capables de leur offrir une parole de qualité, cohérente et respectueuse. À travers ce travail, Marie Montavont souhaite ainsi que l’Église puisse trouver sa juste place : non pas seule, ni au-dessus des autres acteurs, mais au cœur d’un « nous » éducatif, en partenariat avec les parents, les professionnels et la société.
Le défi est important, mais les besoins sont réels : « Au-delà des propositions et actions que nous pourrons élaborer ensemble pour commencer d’y répondre un tout petit peu avec nos moyens limités, je rêve d’une prise de conscience plus large en Eglise autour de l’urgence de ce sujet. Je rêve qu’une véritable parole de qualité puisse être offerte aux enfants et adolescents sur leur chemin vers l’âge adulte ». conclut-elle.
Crédit : Photo de Mayur Gala sur Unsplash
