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Carême Jeûne

Le Carême en questions : Le Jeûne (1/3)

Dans une société aux sollicitations multiples et permanentes, nous avons besoin du Carême. Ce temps nous invite à modifier quelque peu nos habitudes pour faire plus de place à Dieu, nous rapprocher de Lui et des autres.
Pendant le Carême, l’Église propose trois engagements spécifiques pour nous accompagner dans ce processus de renouvellement intérieur qui nous conduit jusqu’à la Pâques du Seigneur : ce sont le jeûne, la prière et l’aumône (partage).
La prière nous aide à faire plus de place à Dieu dans nos cœurs et dans nos vies. Le jeûne aussi, par la privation, nous permet de nous ouvrir à de nouveaux espaces. L’aumône et le partage nous aident à être attentifs aux besoins de nos prochains et à partager ce que, par grâce divine, nous possédons.

Le Carême approche 
Pour préparer ce chemin de conversion, nous vous proposons de l’approfondir avec les témoignages de l’abbé Marca Passera, qui nous parle du jeûne, de Raffaella Balocco, mère de famille et fonctionnaire internationale, qui nous confie la place de la prière dans sa vie, et de Nicole Simonnin, bénévole, qui souligne la richesse du partage.

LE JEÛNE vu par l’Abbé Marc Passera

Abbé MARC PASSERA

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis né à Genève en 1958. Ordonné en 1988. J’ai exercé mon ministère dans diverses paroisses, actuellement à St Joseph. Par l’étude et toutes sortes de contacts, j’ai pris la part que j’ai pu à l’aventure oecuménique. Depuis cinq ans, j’accompagne aussi les catéchumènes adultes à Genève.

Quelle est la signification du jeûne durant le carême ?

Jeûner, c’est savoir dire « non », pour dire un « oui » plus grand. Cette attitude n’est pas propre aux chrétiens, mais elle acquiert une grande importance pour qui veut vivre toute chose « en Christ ». Comment accueillir celui qui, en donnant sa vie, nous donne la vie, si notre existence est encombrée de toutes sortes d’autres réalités ? Jeûner, c’est se remettre dans la condition du peuple d’Israël dans le désert et vivre un chemin de libération. C’est aller vers une liberté qui ne soit pas illusoire. En effet, le risque est grand d’entrer dans toutes sortes de dépendances, petites et grandes. La maîtrise de soi est don de l’Esprit (cf. Gal 5,22), mais une part nous revient : nous donner une discipline qui nous y rende accueillants. Jeûner nous donne, de manière très physique, de vivre plus intensément, de devenir davantage sensibles à la beauté. Cette beauté a un visage : celui du Christ qui en nous accueillant dans le mystère de sa Résurrection fait de nous des vivants de sa vie.

A votre connaissance s’agit-il d’une pratique observée à Genève ? Comment s’y prendre pour concilier le jeûne avec la vie active ?

Le Genevois est discret ! Mais j’ai eu l’occasion de partager en paroisse le chemin d’un groupe « Jeûner ensemble au quotidien »* et je sais qu’il y en a plusieurs à Genève. C’est d’abord un engagement physique : renoncer progressivement à telle catégorie d’aliments (et au terme de la période fixée les reprendre petit à petit). Mais c’est surtout un chemin spirituel : nous avons pris le temps d’approfondir des éléments importants de notre vie de chrétiens, un temps de nous nourrir de la Parole de Dieu pour mieux en vivre.
En effet, le jeûne est d’abord alimentaire, mais pas seulement. Il me semble que beaucoup – plus qu’on ne le pense – désirent vivre mieux et être davantage disponibles à Dieu. Le temps du Carême nous donne d’entrer dans un élan partagé en Église en nous portant les uns les autres. Le mercredi des Cendres devrait être davantage mis en valeur comme entrée dans cet itinéraire qui nous conduit à la qualité nouvelle de vie offerte dans la Résurrection du Christ. C’est d’ailleurs un jour de jeûne…

Les enfants peuvent-ils observer une forme de jeûne durant le Carême ?

Personne n’est exclu du jeûne, bien sûr. Mais cette pratique doit être respectueuse de chacun. Officiellement, on ne parle d’abstinence qu’à partir de 14 ans et de jeûne de 21 à 60 ans (cf. Paenitemini 3,4). Mais il est précieux de rechercher, pour les plus petits, la juste manière de ne pas passer à côté de cette dimension structurante de la vie et du chemin de foi.
On sait combien il est important pour un enfant de découvrir ses limites et de les intégrer.
L’exercice d’un certain « jeûne » peut l’ouvrir à de nouveaux espaces. Il veut le conduire à un épanouissement des potentialités et à être libre en vérité. Renoncer aux écrans, par exemple, peut devenir pour l’enfant une occasion de mieux vivre le temps dont il dispose, de découvrir la fécondité du silence et même de prier. C’est un chemin spirituel.
Il est particulièrement important pour un enfant de se préparer à un événement ; de l’attendre et de le désirer. Aider un enfant à faire des choix, c’est lui offrir la possibilité de faire en profondeur l’expérience de la Pâques pour qu’il saisisse qui il est et qui est Dieu.

* Dans le cadre de la proposition de l’Action de Carême et Pain pour le prochain depuis 2002.

 

Tags : #Carême

Pascal Desthieux

Recteur de la Basilique Notre-Dame de Genève

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