
COMPRENDRE LA MESSE : VOICI L’AGNEAU DE DIEU!
Lors de la messe, la fraction du pain est un geste de préparation à la communion : l’unique Corps du Christ est partagé. L’abbé Pascal Desthieux explique les rites qui précèdent la communion et le sens de l’immixion dans le chapitre 19 du livre « Au cœur de la messe – Tout savoir sur la célébration » (Editions Saint Augustin)
Dans les rites qui précèdent la communion, le prêtre partage l’hostie consacrée et en met une parcelle dans la coupe. Le prêtre invite les fidèles à recevoir l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
La fraction du pain
La fraction du pain est l’appellation la plus ancienne de la messe. Rompre le pain, c’est renouveler le geste de Jésus lors de la Dernière Cène. L’unique Corps du Christ est partagé pour que tous puissent le recevoir et y communier.
Dans les premiers siècles de l’Église, on utilisait du pain « normal », levé, que les fidèles apportaient; il fallait un certain temps pour pouvoir le partager. Vers le XIe siècle, l’Église latine à adopté l’usage de célébrer l’Eucharistie avec du pain azyme (sans levain), comme le Christ lors du repas pascal. Dès lors, le geste de la fraction a perdu de sa visibilité, puisque les hosties étaient plates et fines. Seule celle du célébrant était rompue. La réforme liturgique après le Concile Vatican II demanda que le rite de la fraction retrouve sa signification. Il est donc vivement souhaité que le célébrant utilise une grande hostie et puisse ainsi accomplir visiblement le rite de la fraction du pain.
Lors de la fraction du pain, reconnaissons le Christ, Agneau de Dieu qui prend toutes nos fautes sur lui pour que nous ayons la vie.
L’immixtion

© Hélène VDB
Rompant le pain, le prêtre laisse tomber un fragment de l’hostie dans le calice. On appelle ce geste l’immixtion (d’immiscere, « mêler à « , « mélanger « ). Quel est le sens ce geste très ancien ?
Dans un sens très pratique, il se pourrait que l’on trempât autrefois dans le calice les pains consacrés lors de messes précédentes, tout simplement pour les ramollir. Ce geste manifestait l’unité du sacrifice eucharistique qui se perpétue dans le temps.
Ecclésialement, ce geste marquait l’unité avec l’évêque. Le plus souvent possible, les prêtres concélébraient la messe présidée par l’évêque. Le dimanche, l’évêque envoyait des acolytes amener aux prêtres qui célébraient dans les villages une parcelle de l’hostie qu’il avait consacrée. Les prêtres mettaient cette parcelle dans le calice en signe d’unité avec l’évêque. Aujourd’hui, cette unité est signifiée par la mention du pape et de l’évêque dans la prière eucharistique.
L’immixtion conserve enfin une signification symbolique très profonde. Sur l’autel, le Corps et le Sang du Christ sont séparés ; c’est un signe de son unique sacrifice où son sang a été versé sur la croix et, pourrait-on dire, a été comme séparé de son corps. L’immixtion évoque à l’inverse la résurrection qui a réuni à jamais, pour la vie éternelle, le Corps et le Sang du Christ. En accomplissant ce geste, le prêtre demande que nous ayons part à sa résurrection:
« Que le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus-Christ, réunis dans cette coupe, nourrissent en nous la vie éternelle. »
Le chant Agneau de Dieu
Pendant que le célébrant rompt le pain, l’assemblée chante : « Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous. » La dernière fois, elle est conclue par l’invocation : « Donne-nous la paix. »
Ce chant a été introduit dans la messe romaine à la fin du VIIe siècle par le pape syrien Serge Ier. Nous reconnaissons ainsi que le Christ est l’Agneau de Dieu qui s’est offert pour le pardon de nos péchés et pour nous
donner la paix.
L’agneau dans la Bible
Nous reconnaissons dans le Christ l’agneau pascal, l’agneau immolé pour nous. Le thème de l’agneau traverse la Bible entière, depuis le sacrifice d’Abel qui offrait à Dieu les premiers-nés de son troupeau (Genèse 4, 4) jusqu’aux 28 désignations, dans l’Apocalypse, du Christ comme l’Agneau qui siège sur le trône.
Les prières avant la communion
Après la fraction du pain et le chant qui l’accompagne, le prêtre se recueille alors un moment et prononce une des deux prières qui lui sont proposées. Tout comme la prière pour la paix, cette prière s’adresse directement au Christ, ce qui est exceptionnel dans l’ordinaire de la messe.
« Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, selon la volonté du Père et avec la puissance du Saint-Esprit, tu as donné, par ta mort, la vie au monde; que ton Corps et ton Sang très saints me délivrent de mes péchés et de tout mal; fais que je demeure fidèle à tes commandements et que jamais je ne sois séparé de toi. ». Cette première formule remonte au IXe.
L’autre formulation que le prêtre peut utiliser : « Seigneur Jésus-Christ, que cette communion à ton Corps et à ton Sang n’entraîne pour moi ni jugement ni condamnation; mais que, par ta bonté, elle soutienne mon esprit et mon corps et me donne la guérison. »
Voici l’Agneau de Dieu!
Après cette prière de préparation à la communion, le prêtre fait une génuflexion. C’est donc un geste de vénération et d’adoration
En élevant l’hostie, il invite les fidèles au banquet eucharistique en disant: « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! » C’est par ces mots que Jean-Baptiste avait désigné Jésus. Le repas des noces de l’Agneau ? Les prémices de ce qui nous attend au Ciel!
Seigneur, je ne suis pas digne
Devant une telle invitation, nous faisons acte d’humilité . Nous disons :«Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir; mais dis seulement une parole et je serai guéri.»
Ces paroles reprennent l’acte de foi et d’humilité du centurion romain qui demandait la guérison de son serviteur,. Il ne se sentait pas digne que Jésus aille jusque chez lui. Comme lui, nous nous sentons indignes que le Seigneur vienne demeurer en nous par la communion. Mais nous avons confiance car nous savons que Jésus veut nous sauver.
SD&C- ECR, décembre 2025
Texte d’après le livre de l’abbé Pascal Desthieux « Au cœur de la messe Tout savoir sur la célébration » (Ed. Saint Augustin). Extraits librement résumés.
Les chapitres précédents sont disponibles ICI
Crédit image : Saint-Martin. France.- Pascal Deloche / Godong
