
Messe de l’aube au sommet du Salève pour vivre l’émerveillement
Dimanche 23 août, avant même que le jour ne se lève, une cinquantaine de personnes ont pris le chemin du sommet du Salève pour participer à la messe de l’aube proposée par la paroisse Saint François (Plainpalais.) Une célébration hors des murs de l’église et hors du commun.
Il est 5h30 au col de la Croisette. La nuit enveloppe encore le Salève. Il fait froid, très froid même. Mais une cinquantaine de personnes sont là, emmitouflées dans leurs doudounes, chaussures de randonnée aux pieds, certaines munies de lampes de poche. Au-dessus des participants, un magnifique ciel étoilé s’offre en spectacle.
Familles, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes d’origines diverses : tous ont répondu à l’invitation de la paroisse Saint François. Leur objectif est le même : marcher dans la nuit pour vivre l’aube et célébrer l’Eucharistie au lever du soleil.
Le frère Jean Bosco les accueille avec quelques mots simples : « On va marcher pendant une vingtaine de minutes pour arriver au lieu de la célébration. Bonne marche ! »
Le groupe se met en route. Les conversations s’engagent à voix basse. Les faisceaux des lampes de poche éclairent par endroits le sentier. Le jour n’est pas encore levé. Il faut avancer dans l’obscurité, sur les chemins de randonnée et à travers les champs.
Marcher dans la nuit vers la lumière
Cette messe de l’aube est née il y a environ huit ans d’une intuition toute simple : « Quelques paroissiens souhaitaient pouvoir vivre une belle expérience spirituelle au sommet du Salève, à l’aube, en regardant le soleil levant », explique le frère Jean Bosco.
« Historiquement, le soleil levant a très vite été associé symboliquement au Christ ressuscité, à l’avènement de la victoire du Christ, dans nos vies et pour le monde entier. Cette messe au soleil levant est également une action de grâce à notre Dieu, le Père, notre Créateur, Créateur de l’univers et donc de vivre cette mystériuse communion jusque dans l’expérience de l’aube et du soleil qui se lève »
La montagne ajoute une autre dimension à cette expérience. « Bibliquement, l’expérience de Dieu est aussi souvent associée symboliquement (tout en étant pas le seul symbole) à l’expérience de la montagne », rappelle le curé de Saint-François. Et il y a la nuit, elle aussi porteuse de sens : « On quitte les ténèbres… » pour aller progressivement vers la lumière.
Le symbole n’est donc pas seulement contemplé : il est vécu par les participants, qui ont quitté la nuit pour gravir la montagne et marcher vers la lumière.
Un autel improvisé au sommet
Après une vingtaine de minutes de marche, le groupe atteint le lieu choisi pour la célébration.
Une petite table de pique-nique couverte d’une nappe blanche fait office d’autel. Deux jeunes servants de messe aident le frère Jean Bosco à préparer la célébration. Le calice est disposé, les objets liturgiques prennent leur place. Tout est prêt. La messe commence.
Pendant la célébration, le ciel change progressivement de couleur. Une première lumière apparaît derrière les montagnes. Le paysage se dessine peu à peu.
Et puis le soleil surgit.
Ses premiers rayons viennent illuminer les visages au moment du Notre Père. Pendant quelques instants, les regards se tournent vers cette lumière qui gagne le sommet. La montagne, les fidèles et la célébration semblent alors réunis dans une même scène. L’émerveillement est palpable.
« On a cheminé vers la lumière »
Ansgar est l’un des participants. Pour lui, l’intérêt de cette célébration commence dès le réveil.
« Tôt le matin, il y a quelque chose de calme et de sacré. On commence beaucoup mieux la journée, au lieu de rester au lit. Et quand on se lève avec le soleil, je pense qu’on se lève avec la Création. » Il évoque aussi une époque où nos vies sont de plus en plus « digitalisées, électronisées, virtualisées ».
« Je pense que ça ne correspond pas à notre nature. Nous sommes des êtres de la nature et de la Création, et ça fait du bien de vivre avec cette dimension. »
Pour lui, le déroulement de la matinée donne également une force particulière au symbole : « On s’est mis en route quand il faisait nuit et puis on a vraiment cheminé dans la nuit, vers la lumière qui venait lentement. Et puis après, elle a éclaté. »
Il participe pour la première fois à une messe de l’aube au Salève. La célébration lui paraît différente de celle vécue dans une église : « Le soleil levant symbolise la résurrection du Christ. C’est très symbolique, très profond. On vit la messe aussi différemment. »
Une expérience « qui sort de l’ordinaire »
Maximilien et Ombeline, eux aussi paroissiens de Saint François, sont venus en couple.
Pour Maximilien, cette matinée est avant tout « l’occasion de vivre une expérience unique ». Ses parents habitent tout près du Salève, qu’il connaît bien, mais une messe célébrée au moment précis où le soleil se lève sur la montagne reste exceptionnelle : « C’est assez unique », estime-t-il. Ombeline acquiesce : « Oui, cela sort de l’ordinaire. »
Joan, 14 ans, est venu en famille. Son enthousiasme est immédiat : il a trouvé cette messe « très, très belle ». « Parler de Dieu quand le soleil se lève, c’était très beau », raconte-t-il, déjà prêt à recommencer.
Le pain au chocolat après le pain de la Parole
La messe terminée, les participants restent pour discuter, échanger leurs impressions et partager un petit-déjeuner au sommet. La paroisse a prévu des pains au chocolat pour tout le monde. Chacun apporte sa boisson chaude : café, thé ou autre breuvage fumant, particulièrement apprécié après cette marche matinale dans le froid.
Les doudounes sont toujours de sortie, mais les visages sont désormais éclairés par le soleil.
Il faudra ensuite reprendre le chemin du retour, dans la lumière du matin.
Textes et images: SD&C- ECR, août 2026


