
« Notre Père » : une prière qui nous appelle à l’unité
Quand nous prions le Notre Père, nous ne sommes jamais tout à fait seuls. Même dans le secret de notre chambre, nous disons « notre Père » et non « mon Père ». Un simple mot nous relie ainsi à tous les autres chrétiens, avec leurs différences, leurs traditions et parfois leurs désaccords. Mais que change réellement cette prière dans notre manière de vivre en Église ? Peut-elle nous aider à dépasser nos divisions et à nous laisser transformer les uns par les autres ?
C’est l’une des questions qu’Anne Deshusses-Raemy, théhologienne, a eu l’occasion d’explorer lors d’un temps de présentation et de débat autour du livre du Groupe des Dombes, « Vous donc, priez ainsi : Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des Églises », auquel la professeure de théologie Elisabeth Parmentier a contribué.

Anne Deshusses-Raemy ©Mathias Deshusses
Dernièrement, j’ai eu le privilège d’animer, en collaboration avec la professeure de théologie Elisabeth Parmentier, un temps de présentation et de débat autour du livre du Groupe des Dombes[1] Vous donc, priez ainsi : Le Notre Père, itinéraire pour la conversion des Eglises. Mme Parmentier a en effet participé à la rédaction du livre dont j’ai tenté d’être une lectrice attentive.
Après sa présentation du travail autour de ce livre, Mme Parmentier m’a questionnée sur mes découvertes dans cet ouvrage. En voici quelques-unes :
Dire « notre Père », c’est déjà faire Église ensemble
Chaque personne qui prononce le Notre Père, même seule dans sa chambre, dit notre et non pas mon Père. Cette formulation nous oblige à la communion entre nous tous, à un chemin œcuménique vers l’unité. Il ne s’agit évidemment pas d’uniformité, ni de pensées obligées. Comme dans une famille, nous sommes tous différents. Mais au lieu de nous déchirer, nous pouvons nous enrichir de la différence de l’autre.
Une prière qui nous confronte à nos contradictions
D’ailleurs, en prononçant cette prière nous osons dire des choses qui semblent pourtant contradictoire. Nous affirmons à la fois la réalité de notre foi et la non-manifestation actuelle du Règne de Dieu. Nous osons souhaiter que Son nom soit sanctifié, que Son règne vienne, que Sa volonté soit faite, et à la fois consentir à la réalité du mal et de nos divisions. Nous osons demander le pardon, la délivrance du mal, et à la fois d’être capables de reconnaître notre propre responsabilité au quotidien.
Dix défis pour avancer vers l’unité
Des défis œcuméniques nous attendent. J’en ai relevé dix :
- pratiquer la prière commune ;
- étudier et méditer ensemble les Ecritures ;
- rendre un même témoignage du salut en Jésus-Christ ;
- partager le service ;
- s’opposer à ce qui a été facteur de division et qui l’est toujours ;
- revisiter de manière critique les condamnations réciproques du passé en les replaçant dans le contexte de l’époque ;
- renoncer aux attitudes exclusivistes ;
- renoncer aux attentes indues à l’égard des autres Eglises ;
- respecter les différences là où elles ne sont pas séparatrices ;
- reconnaître la fidélité de l’autre Eglise au message apostolique.
Trois conversions pour transformer nos relations
Ces défis nous obligent à trois types de conversion :
- Une conversion chrétienne : nous avons chaque jour à nous convertir à l’Evangile. C’est un cheminement ardu mais nécessaire. Nous avons à nous convertir au Règne de Dieu déjà présent en chacune et chacun de nous, et pourtant pas encore réalisé.
- Une conversion ecclésiale: chacune de nos Eglises se doit d’aller vers la pleine reconnaissance de l’ecclésialité de l’autre.
- Une conversion confessionnelle: camper sur nos positions est dépassé. Les condamnations du 16e siècle n’ont plus lieu d’être.
Se laisser transformer par l’autre
L’œcuménisme c’est se laisser interroger, puis transformer par les valeurs dont les autres confessions sont porteuses, c’est redonner la priorité à notre identité chrétienne sur notre identité confessionnelle, sans abandonner cette dernière.
Alors, au travail ! Sans cesser de prier ensemble… Notre Père.
Anne Deshusses-Raemy, théologienne catholique – Genève
Enseignante à l’Atelier œcuménique de théologie (AOT) -Octobre 2026
Copyright image en Une: Pascal Deloche / Godong
[1] Le Groupe des Dombes est un groupe de travail œcuménique entre théologien·nes catholiques et réformé es.
