
COMPRENDRE L’ASCENSION DE JESUS
L’abbé Alain René Arbez propose un texte pédagogique à partir de la Bible pour aider à comprendre ce que représente l’Ascension.
La fête chrétienne de l’Ascension précède la Pentecôte. Mais le message de la « montée aux cieux auprès du Père » est souvent mal compris : parfois ressenti comme un départ du Christ dans la stratosphère, ou comme sa soudaine et brutale absence parmi les hommes, alors que – comme dans l’évangile où Thomas est invité à croire sans avoir vu – il est au contraire question d’une vraie présence – invisible mais fidèle – de Jésus parmi les siens.
Nous retrouvons le message de l’Ascension dans les évangiles de Luc, de Marc et de Matthieu, et sous une forme assez différente dans l’évangile de Jean !
« montée aux cieux »
Pour bien comprendre ce que signifie l’Ascension pour les contemporains de Jésus et pour les croyants d’aujourd’hui, il faut analyser les expressions du texte : on y retrouvera les clés de la bible hébraïque, qui parle déjà de « montée aux cieux ». Ainsi, au 2ème livre des Rois, ch. 2, à propos du prophète Elie : « Le Seigneur a fait monter Elie aux cieux dans un tourbillon, il a été enlevé… ».
On ne trouve pas exactement l’expression « monter aux cieux » dans le nouveau testament, mais Luc nous dit que Jésus est « emporté au ciel » et Jean écrit que Jésus va « monter vers le Père ». Pour les Israélites et pour les premiers chrétiens, l’expression des évangiles : « monter aux cieux, s’élever vers le ciel » est spontanément compréhensible. Cela signifie « entrer dans la gloire du Dieu invisible», c’est exactement ce qui est affirmé dans le credo en précisant que Jésus partage la souveraineté de Dieu, lorsqu’il est dit qu’il siège « à la droite du Père ». Dans l’évangile de Jean, quand Jésus dit : « Je m’en vais vers le Père », il n’est pas question d’un lieu, qui serait le ciel, parmi les galaxies ! Ce qui est évoqué par ces images célestes, c’est un nouvel état d’existence, différent de nos conditions de vie terrestres dans l’espace et le temps. On comprend ainsi dans quel sens le Christ dit à Marie de Magdala au matin de la résurrection : « Ne me retiens pas, je ne suis pas encore monté vers le Père ».
Les récits imagés ont justement pour but de nous faire pressentir un mystère qui nous dépasse, bien au-delà de nos catégories de langage. C’est précisément ce que recommande toujours la préface de la messe : « élevons notre cœur ! ». Le thème de la montée et de l’élévation est constant dans les Ecritures.
la Présence de Dieu
On sait que pour la Bible hébraïque, c’est Dieu qui est maître du temps et de l’histoire (melekh ha olam) et si nous lisons Ezékiel, un prophète de l’exil, aux ch. 9, 10, 11, nous voyons la Gloire du Nom divin quitter le Temple de Jérusalem par la porte qui donne sur le Mont des Oliviers, et cette présence divine, appelée la shekhina, s’élève aux cieux au-delà de la Ville sainte. En d’autres termes, la Présence de Dieu n’est pas limitée au sanctuaire, elle n’est pas prisonnière d’un horizon familier, fût-il sacralisé, elle se manifeste partout où elle le veut, elle est présente à tous les êtres, jusqu’aux extrémités de la terre.
Pour Luc, il est donc évident que, de la même manière, Jésus, le reflet personnifié de la Gloire du Père, s’élève du Mont des Oliviers, un lieu chargé d’histoire. Et pour entrer dans la logique du récit des Actes des Apôtres, il faut se référer à l’histoire du prophète Elie et de son Ascension : c’est ce récit de l’ancien testament qui nous donne la clé de compréhension du texte concernant Jésus. Elisée peine à quitter Elie, qui est envoyé au Jourdain : or le Jourdain, c’est la porte d’entrée en Terre promise. Elie frappe les eaux avec son manteau, et les frères prophètes peuvent traverser à pied sec, comme dans l’Exode. C’est une évocation de la Pâque. Puis Elie demande à Elisée: que puis-je faire pour toi avant d’être enlevé? Elisée répond: que me revienne une double part de ton esprit! Elie répond: si tu me vois pendant que je serai enlevé, alors cela arrivera…La transmission d’esprit a lieu: Elisée le disciple regarde son maître Elie qui lui est enlevé. On constate que Luc reprend exactement le même scénario : les disciples regardent Jésus qui leur est enlevé, et ils reçoivent l’héritage de l’Esprit saint!
la figure d’Elie
Par ailleurs, nous savons à quel point la figure d’Elie a joué un rôle important à l’époque de Jésus, puisqu’on attendait de le reconnaître pour ressentir l’imminence des temps messianiques.
Ainsi, lorsque Jésus célèbre le rituel de la Pâque juive avec ses amis, avec la Sainte Cène, il y a comme d’habitude une 5ème coupe de vin strictement réservée au prophète Elie, dont on attend le retour. C’est justement cette coupe singulière que – exceptionnellement – Jésus boit et partage. C’est ce qui est dit à la messe : « à la fin du repas il prit LA coupe », ce geste messianique, est annonciateur des temps nouveaux et préfigure l’accomplissement de l’Alliance dans la venue du Royaume.
C’est ainsi que nous pouvons vivre la profondeur de cette alliance et découvrir les perspectives qu’elle offre à toute l’humanité. Le Dieu de l’histoire sainte nous parle de l’avenir de notre terre, nous savons que sans la foi en ce Dieu de justice et de paix, aucune éthique terrestre ne saurait résister aux pressions du monde ancien, ni aux influences du mal omniprésent. C’est pourquoi chez Matthieu, différemment du Jésus terrestre, le Christ ressuscité envoie ses disciples annoncer la vraie vie jusqu’aux extrémités de la terre, afin que tous puissent y avoir accès.
Toujours présent aux réalités de nos vies
Cette fête de l’Ascension du Christ nous dit que si Jésus est « monté au ciel », c’est pour être toujours présent aux réalités de nos vies. Ainsi nous comprenons, avec le pape Grégoire le Grand, que « le ciel c’est la communion des âmes des justes », ou encore comme disait Maurice Zundel : « le ciel ? on n’y entre pas, il s’agit de le devenir ! ».
Cette démarche spirituelle guide vers une relation de confiance avec le Christ, car c’est ainsi que notre engagement à sa suite pourra être perçu comme un signal crédible, par ceux et celles qui cherchent ardemment la vérité au-delà de l’invisible.
Abbé Alain René Arbez, mai 2026
Image: Photo de Alvin Davidsur Unsplash
