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EGLISE : « GOUVERNER, C’EST AVANT TOUT ÉCOUTER »

Après quinze années consacrées à la conduite pastorale de la désormais Région diocésaine de Genève, Michel Colin s’apprête à tourner une page. Nommé en 2010 adjoint de Mgr Pierre Farine, alors évêque auxiliaire, il a poursuivi sa mission auprès du vicaire épiscopal, l’abbé Pascal Desthieux à partir de 2016, puis avec Fabienne Gigon, représentante de l’évêque depuis la rentrée 2022. Le 31 août 2025, il quitte cette fonction pour rejoindre le Service de la Pastorale des Chemins, qui regroupe catéchèse, catéchuménat et formation. Entretien au moment du bilan et des transitions.

Un regard dans le rétroviseur. Vous avez été nommé en 2010 comme adjoint de Mgr Farine.

L’abbé Philippe Matthey croyait profondément à la complémentarité entre prêtres et laïcs. Je pense que c’est lui qui a soufflé à l’oreille de Mgr Farine que je pourrais lui succéder comme adjoint. Ensemble, nous avons défini les contours de la mission : veiller à une répartition équitable des forces dans les différents lieux et services et établir des mandats avec des lignes directrices claires.

Mgr Farine avait un rôle de coordination générale, sans entrer dans les détails. Il s’appuyait sur des instances solides comme la Commission des nominations – un organe très efficace, composé de personnes qui allaient à la rencontre des communautés –, le Conseil des archiprêtres et le Conseil pastoral cantonal (CPC). Ces trois instances participaient pleinement à la gouvernance de l’Église. À l’époque, les liens avec le diocèse étaient limités ; c’est essentiellement Mgr Farine qui les assurait. Pour ma part, je participais à ces organes et j’animais la plateforme de discernement pour les futurs agents pastoraux.

Aujourd’hui, la Commission des nominations a été supprimée. Mgr Charles Morerod a réorganisé le diocèse et centralisé les processus, notamment pour mieux accompagner les parcours des personnes. Quant au CPC il est en pause depuis plusieurs années.

Vous avez également coordonné une réforme de la structure de l’ECR.

Dès 2011, à la demande du CPC, j’ai piloté un groupe de travail. À partir d’une large consultation, nous avons repensé l’organisation de l’Église locale, jusque-là structurée en départements. Avec l’aide du théologien français François Moog, nous avons voulu refonder l’organisation à partir de la mission ecclésiale. Déjà à l’époque, nous faisions face à des fragilités : pénurie de bénévoles, baisse des vocations et difficultés financières.

Nous avons choisi un axe clair : « Nos fragilités nous poussent à aller au cœur de la foi. » L’idée était de ne plus chercher à maintenir à tout prix ce que nous n’avions plus les forces de porter, mais de revenir à l’essentiel. Le processus de réflexion s’est déroulé de 2011 à 2014. Il était porté par le thème de la conversation, selon l’intuition de Paul VI :  un Dieu qui converse avec l’humanité et une Eglise engagée dans une vaste conversation entre croyants, non-croyants et le monde.

L’organisation de notre Eglise peut encore évoluer, mais je reste convaincu que la dynamique de la conversation est essentielle. Elle correspond à notre époque, qui a quitté les modèles verticaux pour aller vers plus de participation.

Vous avez d’abord exercé seul la mission d’adjoint, puis en binôme, avec la nomination d’Isabelle Nielsen (2017-2023), puis de Sr Rossana Aloise (nommée en 2024) en qualité d’adjointe.

C’est une évolution majeure. Être deux permet de multiplier les contacts, d’être plus présents sur le terrain, surtout dans un contexte parfois polarisé. Faire équipe, avec des profils différents, permet de mieux répondre à la diversité des situations.

Aujourd’hui, autour du bureau pastoral – qui rassemble la représentante de l’évêque, ses adjoints et une bénévole externe – je pense qu’il serait souhaitable de relancer un Conseil pastoral cantonal. Je crois que l’Eglise a besoin d’un organe de participation large, capable d’éclairer les grandes orientations pastorales.

Les choix et les décisions ne peuvent venir d’un cercle restreint, aussi compétent soit-il. Il faut un nous plus large pour construire un nous ecclésial. Le Synode sur la synodalité nous le rappelle : gouverner, c’est d’abord écouter. Le pape lui-même s’est assis à une des tables rondes du synode, parmi les autres. Présider, c’est faire vivre une parole partagée.

Avec votre départ et la nomination de Carol Beytrison, la conduite pastorale sera assurée par trois femmes. Un signe fort ?

C’est à la fois le fruit des circonstances et une évolution significative. Je l’accueille pleinement.

Comment percevez-vous l’évolution de l’Église à Genève ?

Je pense qu’après une période de spécialisations par grands thèmes – pastorale des jeunes, des familles, etc. –, ce qui émerge aujourd’hui, c’est la recherche d’un commun entre toutes ces missions. Ce commun doit traverser les secteurs de la vie ecclésiale et encourager la prise de conscience collective. La joie de l’Evangile (Evangelii Gaudium) et la synodalité nous invitent à avancer ensemble en tant que disciples-missionnaires – prêtres, laïcs, bénévoles. Personne ne peut avancer seul.

En parallèle, en raison du manque de vocations locales, nous nous appuyons toujours sur des religieux venus d’ailleurs et sur une gouvernance davantage portée par les laïcs. Cela ne m’inquiète pas outre mesure. Ma vision de l’Église repose sur la vocation baptismale. Dieu ne nous demande pas de tout faire ni de réaliser l’impossible, mais de discerner et d’agir avec les moyens qu’il nous donne. Saint Paul disait : « Dieu donne les moyens de sa mission. » À nous de discerner lesquels, en identifiant l’essentiel.

Se délester pour avancer. Et vous, qu’avez-vous « sorti de votre sac » ?

C’est une belle question, qui évoque un chemin de sobriété. Peut-être ai-je remis en question une certitude. J’étais très marqué par la catéchèse – mon premier engagement salarié en Église – et j’ai cru, à un moment, que la catéchèse pouvait « sauver » l’Église. Mais en chemin, j’ai compris que ce n’est pas un domaine en soi qui fait vivre l’Église. C’est là où se trouvent les chrétiens, là où une conversation s’ouvre que la vie jaillit et que le Royaume se manifeste.

Vous rejoignez maintenant la Pastorale des Chemins. Un retour aux sources ?

Pas vraiment. Le service, les personnes ont beaucoup changé. Mais je reste habité par cette conviction : la Parole de Dieu passe par des paroles humaines. Et cette Parole nous déplace toujours, nous invite à regarder là où nous ne regardions pas, à entendre autre chose avec d’autres.  (Propos recueillis par Sba)

Entretien paru dans le Courrier pastoral (juillet 2025)

 

 

 

 

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