
Rodrigo, bientôt diacre : « Si l’Église existe, c’est pour être au service »
Le 6 septembre 2026 à l’église Saint-Martin, l’évêque Charles Morerod ordonnera l’agent pastoral Rodrigo de Stephanis *diacre. Une étape importante dans un parcours marqué par la théologie, l’engagement auprès des jeunes et, depuis quelques années, la vie paroissiale. À l’approche de son ordination, Rodrigo revient sur son parcours, ce qui l’a conduit vers le diaconat et sa manière de concevoir le service de l’Église.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis d’origine italienne et je suis arrivé en Suisse à l’âge de trois ans, à la suite de la migration de ma famille. J’ai grandi au Tessin, où j’ai fait toute ma scolarité et où a commencé ma vie en Église. Comme il n’y avait pas d’université au Tessin à l’époque, je suis parti à Fribourg pour étudier les lettres et la théologie. J’ai ensuite travaillé quelque temps entre le Tessin et Fribourg, avant d’arriver à Genève en 1995.
Votre intérêt pour la foi et l’Église remonte donc à l’enfance ?
Oui. Je me définis parfois comme un « catholique Obélix » : je suis tombé dans la potion quand j’étais tout petit et je n’en suis jamais sorti ! J’ai grandi avec les cours de religion à l’école, les sacrements, la vie paroissiale.
Dans le petit village où je vivais, il y avait essentiellement le foot et les scouts – auxquels j’ai d’ailleurs participé. Mais à 13 ou 14 ans, on a aussi envie de discuter, de refaire le monde, de se demander ce que sont l’amitié, l’amour, la vie… Le groupe de jeunes était un lieu où cela devenait possible. J’ai découvert que l’Église pouvait être un lieu de rencontre, de dialogue où l’on pouvait parler de ces choses-là. À la fin du lycée, j’ai donc eu envie d’approfondir, et j’ai choisi d’étudier les lettres et la théologie.
Comment votre parcours s’est-il poursuivi à Genève ?
À mon arrivée à Genève, je n’avais pas immédiatement de travail. Quelqu’un que j’avais connu à Fribourg m’a parlé d’un poste qui se libérait à la pastorale des jeunes. J’y ai travaillé pendant cinq ans, à l’époque où Mgr Pierre Farine était évêque auxiliaire. J’ai ensuite été aumônier dans une école catholique pendant vingt ans.
C’était un travail que je considérais déjà comme un travail d’Église, mais j’étais surtout en contact avec les jeunes et dans un univers assez particulier, un peu à part celui de l’école. En 2021, j’ai changé de travail et je suis arrivé à la paroisse Saint-Martin. J’y ai découvert une autre manière de vivre l’Église, plus directement confrontée à ses réalités et à ses besoins et plus proche des personnes et de leur parcours de vie.
Est-ce là que l’idée du diaconat a commencé à prendre forme ?
Oui et non. En paroisse, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de choses à faire. Les gens viennent, il faut les accueillir, les écouter, les accompagner. Je me suis demandé : « Qu’est-ce que je peux faire de plus ? » Et des personnes de mon entourage m’ont fait la même réflexion. Le curé de l’époque, Elvio Cingolani, disait notamment : « « Je crois que Rodrigo devrait devenir Diacre. »
Cela m’a fait réfléchir. Ce n’était donc pas seulement une idée qui me venait à moi : quelque chose se dessinait aussi autour de moi. Je ne suis pas quelqu’un qui connaît de grands bouleversements ou de grandes illuminations comme Saint Paul qui tombe de cheval sur la route de Damas et se convertit. Les choses murissent en moi progressivement, un jour après l’autre.
Ma famille a également accueilli cette idée très positivement, en particulier mon épouse. Mes deux filles, qui ont aujourd’hui 19 et 16 ans, sont adolescentes, et la question de la disponibilité familiale reste forcément présente.
Y a-t-il malgré tout des hésitations ?
Oui. La première concerne justement la famille. Mon travail m’amène déjà à être absent certains week-ends ou certains soirs. Avec le diaconat, cela ne va pas s’arranger !
L’autre hésitation concerne la responsabilité que représente cette fonction. Quand on devient diacre, les gens vous voient comme « le diacre ». On représente donc, d’une certaine manière, un visage de l’Église. Je me demande si je serai à la hauteur de ce que les personnes peuvent attendre de cette fonction. C’est un engagement officiel qui suscite des attentes particulières, différentes. Mais il faut bien se lancer.
Qu’est-ce qui vous a nourri dans votre foi au fil des années ?
Je ne suis pas quelqu’un de très mystique. Beaucoup de choses passent pour moi par la rencontre avec les autres. Certaines personnes ont compté, notamment des prêtres qui savaient faire le lien entre la foi et la vie. Je me souviens d’un professeur de religion qui ne nous enseignait pas simplement des choses à apprendre par cœur, mais qui nous faisait réfléchir et nous invitait à discuter.
Il y a aussi eu des expériences, comme Taizé lorsque j’avais une vingtaine d’années. Et puis des lectures, notamment celles de textes du cardinal Martini, qui ont beaucoup nourri ma foi. Elles m’ont montré une religion qui n’était pas un ensemble de préceptes, mais une manière de vivre. Cela m’a donné beaucoup de liberté et beaucoup de sens.
Il y a enfin des souvenirs d’enfance qui m’habitent encore. Ma maman me parlait souvent de mon ange gardien et aujourd’hui je me rends compte que cette figure est toujours présente dans mon esprit et que d’une certaine façon m’accompagne dans mes réflexions.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous motive dans votre engagement ?
Ce qui me pousse à m’investir dans l’Église, c’est la conviction qu’elle peut être un lieu qui donne du sens à la vie. J’ose parler de « salut », mais pas seulement au sens du salut de l’âme. Nous avons aussi un monde à sauver. Et je constate que beaucoup de personnes qui cherchent à faire quelque chose pour que le monde aille mieux sont des personnes engagées dans l’Église. Beaucoup de gouvernants ne semblent pas avoir cette priorité et le rôle de nos papes, de François à Léon XIV, est de ce point de vue très important à mes yeux. J’ai envie de participer à ce mouvement et d’apporter ma contribution.
Votre engagement actuel en paroisse est notamment tourné vers la catéchèse et les groupes bibliques. Qu’est-ce qui vous touche dans ces rencontres ?
La rencontre avec le Christ reste toujours un mystère et quelque chose de très intime. Les personnes ne viennent pas forcément nous dire qu’elles ont trouvé le Christ ou la foi grâce à une rencontre de catéchèse. Mais nous avons parfois des retours très beaux : « Je ne pensais pas que l’Église était comme ça. » Ou encore : « J’avais peur de venir et de devoir apprendre des choses, mais finalement nous avons pu nous exprimer et partager. »
C’est particulièrement vrai dans les préparations au baptême et au mariage. Certaines personnes reviennent après vingt ans sans contact avec l’Église et découvrent un visage différent de celui qu’elles avaient gardé de leur catéchisme.
Des personnes non baptisées qui participent à ces rencontres demandent parfois le baptême parce qu’elles trouvent dans ces échanges un sens nouveau pour leur vie. Je pense notamment à un jeune homme athée, qui était venu à l’origine pour accompagner son amie. Elle a finalement cessé de participer au groupe, mais lui a continué à venir. Un jour, il nous a fait savoir qu’il souhaitait être baptisé.
Est-ce aussi l’objectif de votre groupe biblique, « La Bible pour les nuls » ?

Session de « La Bible pour le nuls » ©UP Plateau
Oui. Le nom veut justement dire que tout le monde peut venir : il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances particulières. La seule chose demandée, c’est d’avoir envie de découvrir un peu plus la Bible. Nous ne cherchons pas à donner un cours ni à dire aux participants ce qu’ils doivent penser. Nous partons d’un texte, nous observons les personnages, les mots, les situations, et nous cherchons ensemble ce que cela peut vouloir dire.
Le groupe est d’ailleurs né d’une demande des jeunes. Puis des adultes ont demandé la même chose, et nous avons créé un groupe pour eux aussi. Ce qui est important pour moi, c’est de répondre aux besoins réels. Si un jour les besoins changent, il faudra proposer autre chose. Une activité paroissiale n’a pas besoin de devenir une institution qui doit durer « pour les siècles des siècles ». La vie évolue, et la foi aussi. Je pense que l’évolution est une condition essentielle de la vie. L’un des points forts de l’Église est sa richesse et sa diversité.
Finalement, que représente pour vous le diaconat ?
Pour moi, le diaconat est d’abord une question de service. En réfléchissant à l’histoire de l’Église, j’ai été frappé par le fait que lorsque l’Église n’est plus fidèle à sa mission, la question du pouvoir est souvent présente. Il y a deux possibilités : le pouvoir ou le service.
Lorsque l’Église choisit le pouvoir, elle trahit sa mission. Lorsqu’elle choisit le service, elle lui est fidèle. Le diacre, dont le nom signifie justement « serviteur », est là pour rappeler cette évidence : si l’Église existe, c’est pour être au service. Ce qui n’est pas service n’est pas Église.
Une phrase de l’Évangile m’accompagne aussi : « Cherchez le Royaume et la justice de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 25-33). Elle nous invite à nous libérer des futilités qui encombrent nos vies et à chercher le sens de nos exitances en allant à l’essentiel. J’ai choisi ce verset pour introduire l’invitation de mon ordination diaconale. C’est dans cet esprit que je souhaite entrer dans cette nouvelle étape.
SD&C- ECR, septembre 2026
*Rodrigo de Stephanis est actuellement membre du trio de co-modération de l’Unité pastorale (UP) du Plateau (Onex-Petit-Lancy). Il est auxiliaire en pastorale, délégué à la gouvernance et à la catéchèse .
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